Une double page de 44 centimètres sur 28 présente deux photographies en noir et blanc, en regard l’une de l’autre. La photo de droite occupe l’intégralité de la page à bords perdus, tandis que sur la page de gauche, la photo est cadrée aux deux tiers gauches afin de laisser une bande blanche près du pli, pour quelques lignes de texte.
Les deux photos saisissent chacune le saut d’un même petit caniche au travers d’un salon assez cossu. Trois autres chiens de la même race suivent du regard le chien en train de bondir audessus de leurs têtes.
Sur la bande blanche de la page de gauche figure le texte "Il donna des représentations à sa tante Leïla, à son frère aîné Charmer et à sa soeur Sarah, caniches d’exposition".
Les trois caniches spectateurs présentent en eJet une apparence travaillée, digne de celles de chiens de concours. Les deux femelles, la tante Leïla et la soeur Sarah, arborent d’imposantes et longues crinières sur leur thorax, des pompons de fourrures sculptés aux extrémités de leurs pattes et des poils relevés au sommet de leurs cranes par un noeud de satin qui leur confèrent une noble allure. Le troisième spectateur, Charmer, ressemble davantage à son frère volant. Le milieu de son abdomen est tondu à ras. Il a une houppette au sommet du crâne et des poils frisés sombres un peu plus longs sur ses pattes.
Une épaisse moquette recouvre le sol. Derrière eux, le mur est décoré d’un papier peint et d’une frise moulurée arrivant à mi-hauteur. Deux peintures encadrées y sont accrochées. Un cadre représentant un bateau. Un autre, plus petit, montre une scène de rue devant l’entrée d’un parc en forme d’arche.
Sur la photo de gauche, les trois caniches-spectateurs soigneusement toilettés, se tiennent les uns contre les autres, assis en rang sur la moquette moelleuse du salon. Le frère Charmer à droite est quasiment en dehors du cadre de la photo. Leïla et Sarah se tiennent à sa gauche, museaux en l’air. Le jeu de mise en page donne l’impression qu’elles regardent sauter le caniche de la page d’en face.
Au-dessus des trois spectateurs, le caniche volant est saisi dans son vol de la gauche vers la droite. Tout son corps est tendu par l’eJort. Ses pattes avant sont repliées, ses pattes arrière tendues hors du cadre.
La photo sur la page de droite montre une scène semblable d’un autre bond du caniche volant dans le même intérieur. La photographie diJère de celle de la page précédente par son point de vue. Le groupe des trois caniches-spectateurs est installé cette fois dans un large fauteuil aux accoudoirs rectangulaires. Charmer se tient à gauche. La photographie est centrée sur la peinture de scène de rue.
Une des deux femelles suit des yeux le bon du caniche volant alors que les deux autres pointent leurs museaux dans des directions opposées. Le caniche volant au centre de l’image bondit de droite à gauche dans une posture encore plus dynamique. Ses longues oreilles volent dans son élan.
L’ordre d’accrochage des cadres au mur du salon, les détails des peintures et la position de Charmer, tantôt à droite tantôt à gauche de l’image, indiquent que l’une des photos de cette double page a été imprimée en miroir de l’autre, donnant l’impression que le caniche volant saute dans deux directions opposées.
Ce renversement a dû être choisi par le photographe Wolfgang Suschitzky et l’auteur des textes Roland Collins, pour renforcer le rythme et la théâtralité des deux bonds du caniche volant sur cette double page. Dans leur livre Le caniche volant paru en 1951, les auteurs ont fait le choix de laisser une grande place aux images plutôt qu’au texte, afin de favoriser l’expérience des jeunes lecteurs. Les prises de vues réalisées pour l’ouvrage relèvent de prouesses photographiques et d’ingéniosité de retouches.
L’album raconte l’histoire du jeune caniche Mandy qui s’entraîne à sauter dans l’espoir de retrouver sur les toits son amie, la petite chatte Christina, avec qui il s’est noué d’amitié dans sa tendre enfance.