Modèle animal

200 ans de photographie
04.12.2026 – 04.04.2027

Compagnon, sujet d'étude, symbole, miroir ou fantasme, l'animal n'a jamais quitté le champ des photographes depuis l'invention du médium. Modèle animal plonge dans deux siècles d'images pour révéler comment la photographie a façonné notre regard sur les animaux — et influencé, en profondeur, notre manière de les aimer, de les exploiter ou de les défendre.

Des microphotographies d'Auguste Bertsch au XIXe siècle aux instantanés de Martin Parr et Elliott Erwitt révélant la complicité entre humains et animaux, des collages de Peter Beard mêlant récit personnel et préoccupations écologiques aux observations délicates de Rinko Kawauchi, de la quête d'harmonie de Simona Kossak aux mises en scène de William Wegman : l'exposition traverse l'œuvre des grand·es photographes qui ont façonné notre sensibilité au vivant. Elle embrasse également les démarches contemporaines les plus inventives — des créatures étranges d'Augustin Rebetez et de Robin Lopvet aux univers poétiques de Vasantha Yogananthan, en passant par les expérimentations audacieuses qui circulent sur les réseaux sociaux.

En mettant en lumière la présence massive de l'animal dans l'imaginaire collectif, Modèle animal nous invite à franchir les frontières : entre l'humain et l'animal, entre le regard et l'image — et peut-être, entre ce que nous voyons et ce que nous choisissons de voir.

Exposition

Mêlant œuvres majeures et images anonymes, l'exposition compose un parcours thématique articulé autour de sept regards – anatomique, performatif, affectif, fasciné, éthique, plastique et enfin viral – et nous invite à repenser, à travers 200 ans de photographie, les relations complexes et sensibles que nous entretenons avec le vivant.

REGARD ANATOMIQUE

Observer, classer, mesurer

À l'invention de la photographie, le médium se substitue au dessin scientifique. Héritier de l'histoire naturelle, le regard anatomique fait de l'image un outil qui documente, isole, compare et décompose pour rendre le vivant lisible. Microphotographies, chronophotographies, rayons X : l'animal est littéralement passé sous la loupe. L'agrandissement et l'attention au détail révèlent la beauté, mais aussi l'étrangeté des formes animales — et rappellent que ce que l'on voit dépend toujours de ce que l'on a décidé de regarder.

REGARD PERFORMATIF

Montrer, dresser, poser

Cirque, ménagerie, zoo ou studio : l'animal est présenté, exhibé, dressé, orchestré. La photographie enregistre les postures, les exploits, les aptitudes inculquées par le dressage — révélant autant la société qui met en scène que l'animal ainsi montré. Entre fascination et malaise, ces images questionnent ce que nous exigeons de nos bêtes et ce que cela dit de nous : nos plaisirs, nos projections, notre sentiment de supériorité. Le regard performatif n'accuse ni n'excuse — il met en tension l'intention du spectacle et l'altérité de l'animal.

REGARD AFFECTIF

Aimer, cajoler, partager

Ici, l'animal cohabite : membre du foyer, compagnon, confident. Les images montrent les rituels du quotidien, la douceur des présences animales, la complicité qui s'installe. Des diapositives Kodachrome des années 1950 aux portraits de rue d'Elliott Erwitt, ces photographies témoignent d'une relation où l'animal est omniprésent — dans nos foyers, nos villes, nos souvenirs. On s'y voit, on s'y reconnaît, parfois on s'y console. Amitié, loyauté, mimétisme : le regard affectif dit, simplement et puissamment, ce que nous tenons à préserver.

REGARD FASCINÉ

Contempler, émerveiller, fantasmer

Terres sauvages, horizons lointains : le photographe animalier attend, observe, guette, souvent dans des conditions extrêmes, à l'affût d'un monde qui paraît éloigné du nôtre. Née chez les naturalistes du XIXe siècle, cette photographie se déploie aujourd'hui dans un contexte de sensibilité accrue à la préservation des écosystèmes. La fascination en est le moteur : faune, couleurs et lumières captivent le regard, et l'instant d'émerveillement est saisi. De la vision ample et magnifiée de Sebastião Salgado aux paysages de neige et de silence de Vincent Munier, des animaux révélés de nuit par George Shiras — pionnier de la « Wildlife Photography » — aux corbeaux inquiétants de Masahisa Fukase, chaque image partage l'intensité d'une rencontre. L'espace d'un instant, la frontière entre regardeur et regardé se dissout dans l'enchantement.

REGARD ÉTHIQUE

Dénoncer, témoigner, militer, soigner

Élevage intensif, captivité, abattage, expérimentation, disparition : l'image agit comme preuve. Elle alerte, documente, parfois accuse. Née des mouvements de défense du vivant apparus à la fin des années 1960, la photographie devient outil d'enquête et vecteur d'alerte — des abattoirs aux laboratoires, des lieux de captivité aux circuits du trafic. À l'ère de l'Anthropocène, le regard s'aiguise et la responsabilité de l'image aussi : jusqu'où montrer pour éveiller la conscience sans instrumentaliser la souffrance ? À côté de l'accusation, d'autres gestes émergent — réparer, prendre soin, témoigner de formes de coexistence plus justes.

REGARD PLASTIQUE

Composer, hybrider, fictionner

Montage, mise en scène, fiction, hybridation : ici, l'animal devient partenaire d'invention. Le regard plastique ne cherche plus à représenter, mais à explorer ce que l'image peut fabriquer avec le vivant — créer, métamorphoser, rejouer. De la superposition de Wanda Wulz fusionnant son visage à celui d'un chat en 1932 aux fables photographiques de Karen Knorr où l'animal réécrit les récits des lieux qu'il habite, en passant par les figures sacrées de Vasantha Yogananthan, ces œuvres brouillent la frontière entre réel et imaginaire, entre représentation et invention.

REGARD VIRAL

L’animal viral

Depuis ses origines, Internet héberge un bestiaire qui compte aujourd'hui autant d'espèces réelles qu'imaginaires. À l'ère des algorithmes de recommandation, l'animal capte l'attention, génère des clics et dicte les tendances. Attendrissant, fascinant, « mignon » au sens que lui donnait l'éthologue Konrad Lorenz — dont la théorie du schéma-enfant explique notre sensibilité aux traits juvéniles — l'animal viral concentre et amplifie des comportements aussi anciens que la photographie elle-même. Internet n'a pas inventé notre obsession pour les images d'animaux : il l'a simplement rendue visible à l'échelle du monde.

Index des artistes et photographes

Jonathas de Andrade (1982), Ottomar Anschütz (1846–1907), Hippolyte Arnoux (1832–1894), Jane Evelyn Atwood (1947), François Aubert (1829–1906), Winnie Au (1981), Jacob Aue Sobol (1976), Richard Avedon (1923–2004), David Bailey (1938), Édouard Baldus (1813–1889), Roger Ballen (1950), Samantha Bass (1990), George Bashford (1858–1899), William Sykes Baverstock (1893–1975), Peter Beard (1938–2020), Valérie Belin (1964), Edmond Bénard (1838–1907), Auguste Bertsch (1813–1871), Richard Billingham (1970), Viktoria Binschtok (1972), Werner Bischof (1916–1954), Louis-Auguste Bisson (1814–1876), Blommers & Schumm (1969), Marta Bogdańska (1978), Ursula Böhmer (1965), Atelier Boissonnas, Xavi Bou (1979), Myriam Boulos (1992), Zana Briski (1966), Nolwenn Brod (1985), Balthasar Burkhard (1944–2010), René Burri (1933–2014), Alfred Cailliez (1834–1878), Sophie Calle (1953), Henri Cartier‑Bresson (1908–2004), Roger Catherineau (1925–1962), David Chancellor (1961), Walter Chandoha (1920–2019), Julien Chavaillaz (1985), Céline Clanet (1977), Lucien Clergue (1934–2014), Christian Coigny (1946), Walter Augustus Coldwell (1864–1929), Maisie Cousins (1992), Mario Cravo Neto (1947–2009), Louis Jacques Mandé Daguerre (1787–1851), Lia Darjes (1984), Jack Davison (1990), Juan de Borbón (1822–1887), Gaston de Jongh (1888–1973), Charles Delius (1877–1962), Raymond Depardon (1942), Théodule Devéria (1831–1871), Jean Dieuzaide (1921–2003), John Divola (1949), Robert Doisneau (1912–1994), Jean‑Marie Donat (1962), Louis-Jules Duboscq‑Soleil (1817–1886), Louis Ducos du Hauron (1837–1920), Josef Maria Eder (1855–1944) and Eduard Valenta (1857–1937), James Elliott (1832–1900), Elliott Erwitt (1928–2023), Roger Fenton (1819–1869), Joan Fontcuberta (1955) and Pere Formiguera (1952–2013), Randal Ford (1971), William Henry Fox Talbot (1800–1877), Rosalind Fox Solomon (1930–2025), Leonard Freed (1929–2006), Masahisa Fukase (1934–2012), Flor Garduño (1957), Matthieu Gafsou (1981), Paul Géniaux (1873–1929), Weronika Gęsicka (1984), Stephen Gill (1971), Burt Glinn (1925–2008), Anne Golaz (1983), Jean‑Paul Goude (1938), Vincent Gouriou (1974), Harry Gruyaert (1941), Andreas Gursky (1955), Philippe Halsman (1906–1979), Jon Hanford (1985), Ren Hang (1987–2017), Albert Harlingue (1879–1964), Mishka Henner (1976), Laura Henno (1976), Todd Hido (1968), Hiro (1930–2021), Candida Höfer (1944), Willoughby Wallace Hooper (1837–1912), Roni Horn (1955), Kati Horna (1912–2000), Pieter Hugo (1976), Kurt Hutton (1893–1960), Jean‑Baptiste Huynh (1966), Marcel Imsand (1929–2017), Izis (1911–1980), Monique Jacot (1934–2024), Leila Jeffreys (1972), Nancy Lee Katz (1947–2018), Rinko Kawauchi (1972), Alexander Keighley (1861–1947), André Kertész (1894–1985), Pouria Khojastehpay (1993), Karen Knorr (1954), Simona Kossak (1943–2007) and Lech Wilczek (1930–2018), Juul Kraijer (1970), Laurence Kubski (1986), Louis Kunz (1832–1900), Ergy Landau (1896–1967), Mårten Lange (1984), Jacques‑Henri Lartigue (1894–1986), Daesung Lee (1975), Jochen Lempert (1958), Feng Li (1971), Herbert List (1903–1975), Zhiyue Liu (2001), Sheng‑Wen Lo (1987), Robin Lopvet (1990), Ella Maillart (1903–1997), Étienne-Jules Marey (1830–1904), Yamamoto Masao (1957), Ramón Masats (1931–2024), Eva and Franco Mattes (1976), Rafał Milach (1978), Désiré-François Millet (1828–1875), Yoshinori Mizutani (1987), Guido Mocafico (1962), James Mollison (1973), Sarah Moon (1941), Jean Moral (1906–1999), Inge Morath (1923–2002), Daido Moriyama (1938), Tshepiso Moropa (1995), Richard Mosse (1980), Vincent Munier (1976), Eadweard Muybridge (1830–1904), Jim Naughten (1969), Helmut Newton (1920–2004), Jean Painlevé (1902–1989), Trent Parke (1971), Martin Parr (1952–2025), Roger Parry (1905–1977), Edouard Payot (1874–1956), Géza Perneczky (1936), Regine Petersen (1976), John Phillips (1914–1996), Joanna Piotrowska (1985) & Formafantasma, Harry Pointer (1822–1889), Jo Ractliffe (1961), Augustin Rebetez (1986), Albert Renger‑Patzsch (1897–1966), Giles Revell (1965), Pierre‑Ambroise Richebourg (1810–1875), Louis‑Pierre Rousseau (1811–1874), Sebastião Salgado (1944–2025), Robin Schwartz (1957), George Shiras (1859–1942), Lee Shulman (1973) – The Anonymous Project, Taryn Simon (1975), SMITH (1985), Sage Sohier (1954), Emmanuel Sougez (1889–1972), Edward Steichen (1879–1973), Christer Strömholm (1918–2002), Hiroshi Sugimoto (1948), Francesca Todde (1981), Adrien Tournachon (1825–1903), Penelope Umbrico (1957), Auguste Vacquerie (1819–1895), Ruth Van Beek (1977), Alberto Vieceli (1965), Todd Webb (1905–2000), Weegee (1899–1968), William Wegman (1943), Sabine Weiss (1924–2021), Wols (1913–1951), Wanda Wulz (1903–1984), Ylla (1911–1955), Vasantha Yogananthan (1985), Émile Zola (1840–1902).

Publication

L'exposition est accompagnée de la publication Modèle animal. 200 ans de photographie aux éditions Textuel.

Avec les contributions de Emanuele Coccia, Nathalie Herschdorfer, Vincent Lavoie et Manuel Sigrist

Crédits

Modèle animal

Commissariat
Nathalie Herschdorfer

Conseiller scientifique
Vincent Lavoie

Comité curatorial
Fanny Brülhart
Cécile Nédélec
Manuel Sigrist
Sarah Bourget
Emma Hennegrave

Catalogue

Modèle animal - 200 ans de photographie

Compagnons domestiques et affectifs, sujets d'étude scientifique, objets de fascination et d'émerveillement, les animaux n'ont cessé d'apparaître dans le viseur des photographes depuis l'invention du médium. Ce livre explore la manière dont leurs images ont forgé la représentation que nous nous en f...
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Partenaires

L’exposition est co-produite avec les Rencontres d’Arles.

 

 

 

L'exposition reçoit le généreux soutien d'UBS, de la Loterie Romande, de la Fondation Le Cèdre, de la Fondation Coromandel ainsi que de l'Office fédéral de la culture.