Carte blanche à Tony Oursler

18.06 – 25.09.2022

Pour l’inauguration de son nouveau bâtiment, Photo Elysée donne carte blanche à Tony Oursler (1957). A cette occasion l’artiste américain présente trois installations vidéo dans l’espace LabElysée. En exposant une thématique particulière, les témoignages de rencontres avec des objets volants non identifiés (OVNI), Oursler questionne notre relation aux images et leur influence, dans un monde où les écrans se disséminent toujours plus.

Constituées à partir de photographies, documents et vidéos représentant des OVNI, les installations explorent les constructions visuelles de l’ufologie. Elles invitent les visiteurs à se positionner sur ce qu’ils voient et mettent en doute le statut des informations qui leur sont présentées. En jouant sur la perception, en accentuant les détails et en mélangeant les sources, Oursler bouleverse les références et fabrique des illusions. Sans jamais se prononcer sur l’existence des formes de vie extraterrestres, l’artiste expose les évidences et les constructions sur un pied d’égalité, nous prenant en otage entre le mythe et la démystification.

Ce travail prend sa source dans l’archive personnelle de Tony Oursler. Dans le catalogue Imponderable, les archives de Tony Oursler (2015, JRP | Ringier), Branden W. Joseph écrivait « Tony Oursler a amassé une collection suffisamment importante de photographies d’objets volants non identifiés pour que l’on puisse commencer à discerner un genre pictural distinct : la photographie d’OVNI ». Oursler incorpore cette thématique dans sa pratique dès les années 70. Très vite, il s’intéresse aux récits d’enlèvements par des extraterrestres publiés en livre de poche et dans la presse à sensation. Ils étaient généralement accompagnés d’illustrations en noir et blanc vulgairement truquées à l’aide de techniques de retouche pré-Photoshop et très éloignées des visuels soignés de science-fiction popularisés par les sagas telles que Star Wars.

Souvent présentées comme pauvres visuellement, une forme aux bords flous sur fond uni et sans référence d’échelle, ces images sont pourtant parmi les plus influentes de leur temps et sont connues de tous. Comme si la pauvreté picturale garantissait la véracité du cliché. Par un savant travail de montage, Tony Oursler confronte les sources d’époques diverses, publiées depuis les années cinquante jusqu’à aujourd’hui, et explore les mécanismes de leur influence. Bien avant les réseaux sociaux, ces documents ont permis à leurs auteurs de s’adresser à une audience très large en étant présentés comme experts dans certains médias.

Imaginaire, réalité, mélange des deux, où sont les repères ? En 2020, le Pentagone diffuse officiellement sur Internet trois vidéos prises par des pilotes de la Marine américaine montrant des rencontres en vol avec ce qui semble être des objets volants non-identifiés, réactualisant au passage les débats sur l’existence des extraterrestres. Que se passe-t-il lorsqu’une institution s’invite dans le débat ? C’est à la lumière de cet événement que Tony Oursler a souhaité revisiter ses recherches autour de ce genre pictural.