Hannah darabi. Why don't you dance?

Ce dossier pédagogique propose une immersion dans l’exposition d’Hannah Darabi. Why Don’t You Dance? [Pourquoi ne danses-tu pas ?], consacrée à la danse populaire iranienne. Les pistes pédagogiques et les activités proposées vous aideront à préparer votre visite au musée avec vos élèves, que ce soit en visite accompagnée ou libre.

Les objectifs du PER choisis couvrent les modules arts, langues, formation générale et sciences humaines et sociales

Objectifs
  • SHS 31 — Analyser des espaces géographiques et les relations établies entre les hommes et entre les sociétés à travers ceux-ci
  • SHS 32 — Analyser l’organisation collective des sociétés humaines d’ici et d’ailleurs à travers le temps
  • SHS 13-33 — S’approprier, en situation, des outils pertinents pour découvrir et se questionner sur des problématiques de sciences humaines et sociales
  • A 34 AC&M — Comparer et analyser différentes œuvres artistiques
  • A 22 AV — Développer et enrichir ses perceptions sensorielles
  • FG 35 — Reconnaître l’altérité et la situer dans son contexte culturel, historique et social
  • FG 38 — Expliciter ses réactions et ses comportements en fonction des groupes d’appartenance et des situations vécues
  • FG 26-27 — Analyser des formes d’interdépendance entre le milieu et l’activité humaine
  • L1 38 — Exploiter l’écriture et les instruments de la communication pour collecter l’information, pour échanger et pour produire les documents

Lauréate du Prix Elysée 2025, Hannah Darabi est née en Iran en 1981, pendant la guerre contre l’Iraq. Malgré les tensions politiques, elle se souvient des nombreuses occasions de faire la fête et de ses cours de danse. Neuf ans après avoir quitté le territoire iranien, elle développe le projet Why Don’t You Dance ?, concentré sur trois figures de la danse populaire iranienne d’époques différentes.

Engagé et résistant, le projet fait écho au mouvement de protestation « Femme, Vie, Liberté » et éclaire le rôle de la danse comme forme culturelle dont la valeur et le sens se transforment selon le contexte social et politique.

Les trois personnages de la danse populaire iranienne
Hannah Darabi s’inspire de trois danseur·euses iranien·nes connu·es pour monter son projet : Mahvash, Jamileh et Mohammad Khordadian. Chacun·e éclaire des époques et des dimensions dif-férentes du contexte populaire de la danse iranienne.

Mahvash

Dans les années 1950, Mahvash est l’une des premières chanteuses et danseuses de cabaret en Iran. Parallèlement à ses activités, elle écrit une autobiographie fictionnelle, Les secrets de l’accomplisse-ment sexuel, qui marque le tournant entre un discours traditionnel autour du genre et un discours moderniste hétéronormatif adap-té à l’époque. À travers les pages du livre, Mahvash donne des conseils subversifs aux filles et aux garçons, tout en revenant sur ses expériences personnelles. Les thèmes traités sont variés, allant de la perception des femmes dans la société iranienne jusqu’à la poly-gamie, en passant par le mythe du corps idéal occidental.

Jamileh

Jamileh est danseuse de cabaret dans les années 1960 à 1970, alors que cette pratique est encore vue comme déviante en Iran. Elle danse également dans de nombreux films populaires, que ce soit la danse du ventre ou la danse « Jaheli ». Cette dernière est d’abord réservée à un groupe d’hommes de Téhéran, qui s’en servent pour exprimer leur masculinité et leur devoir de protection envers les femmes. Jamileh se la réapproprie et en fait une danse de femmes, passant ainsi par l’humour pour représenter un féminisme populaire.

Mohammad Khordadian

Danseur et chorégraphe iranien, Mohammad Khordadian vit au-jourd’hui à Los Angeles, ayant quitté l’Iran suite à la révolution de 1979. Il invente des chorégraphies qui lient la danse traditionnelle iranienne et la culture occidentale des États-Unis. Sa reconnais-sance lui permet de populariser auprès des hommes des formes de danse principalement réservées aux femmes.

MOUVEMENTS DE RÉSISTANCE EN IRAN

Révolution iranienne (1979)
Ceci est un résumé non-exhaustif de la révolution de 1979, excluant par exemple l’importance de l’impérialisme américain.

En 1963, le dernier shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi lance la révolution blanche, supposée transformer et moderniser le pays de manière non-violente. Cependant, son régime autocratique et la répression politique suscitent un fort mécontentement au sein de la population. À partir des années 1970, une opposition diverse (religieuse, politique et sociale) se mobilise, conduisant à des soulèvements dans tout le pays et à l’exil du shah en
1979. Khomeini prend alors le pouvoir et instaure la République islamique, encore en place aujourd’hui. Ce changement de régime pousse une partie de la population à quitter le pays et entraîne d’importantes transformations des mœurs.

« De nombreuses choses ont changé après la révolution de 1979, en particulier la politique envers le corps des femmes et la façon dont les femmes devraient être perçues et comment elles devraient également s’exprimer, ainsi que les limites à leur expression et les vêtements qu’elles peuvent porter. »

Hannah Darabi, podcast Conversations (Photo Elysée, 2024)

« Femme, Vie, Liberté » (2022-aujourd’hui)
En 2022, Masha Amini, une jeune femme kurde, est tuée par la police iranienne parce qu’elle porte mal son voile. Cet épisode lance un mouvement de protestations à l’échelle internationale, nommé « Femme, Vie, Liberté ». Lancé par le Parti des travailleurs du Kurdistan en 2006, ce slogan est repris par des manifestant et donne également naissance à plusieurs écrits scientifiques autour des droits des femmes en Iran.

« Le féminisme iranien existe depuis plus d’un siècle. Il vient de loin. Aujourd’hui, il ne fait que se manifester. Nous en sommes très heureux, car les femmes ont joué des rôles très importants dans plusieurs révolutions en Iran. »

Hannah Darabi, podcast Conversations (Photo Elysée, 2024)

NB : l’exposition a été pensée et réalisée avant la guerre qui s’est déclarée en février 2026.

Exposition

L’exposition comprend plusieurs séries :

Tehran-Los Angeles, Return Journey [Téhéran-Los Angeles, aller-retour]

La première série fait dialoguer des photographies de Los Angeles prises par Hannah Darabi et des cartes postales de Téhéran datant des années 1970, mettant en lumière les ressemblances architecturales. Elle révèle ainsi la circulation permanente de personnes et de connaissances entre les deux villes.

Mahvash’s Book of Pleasure [Le livre des plaisirs de Mahvash]

Hannah Darabi prend comme base de réflexion l’autobiographie fictionnelle de la danseuse de cabaret des années 1950, Mahvash. La série présente des collages réalisés par Hannah Darabi, mêlant pages de l’autobiographie, magazines des années 1960-70, archives et ses propres photographies. L’artiste souhaite montrer l’évolution de la mentalité iranienne envers les femmes à travers les années.

Follow the Beat [Suivez le rythme]

Au centre de la salle, trois vidéos sont diffusées dans une structure cubique. Elles représentent un travail mené par Hannah Darabi à Berlin en 2025, invitant des danseur·euses d’origine iranienne à réactualiser des danses populaires iraniennes. Plaçant au centre de la réflexion la dimension émancipatrice de la danse, les vidéos réinterprètent notamment des chorégraphies de Jamileh et de Mohammad Khordadian.

Cabaret Tehran, House of Legends [Cabaret Tehran, Maison des Légendes]

La dernière série propose une découverte du Cabaret Tehran, un bar iranien de Los Angeles. Inauguré en 1976, il devient un lieu de rassemblement pour les grandes figures de la musique populaire iranienne après la révolution de 1979. Les murs de l’exposition sont tapissés de photographies de l’intérieur du bar et plusieurs portraits de membres de la diaspora iranienne entrant dans le cabaret sont exposés.

Pistes pédagogiques

Cette partie du dossier vous propose différentes pistes pédagogiques à explorer avec vos élèves, en préparation ou à la suite de votre visite de l’exposition.

Piste 1

L’ART COMME OUTIL DE RESISTANCE
Le cabaret est un motif récurrent dans la vie des trois personnages qui sous-tendent l’exposition de Hannah Darabi. Il s’instaure progressivement dans les villes iraniennes dans les années 1950 et est d’abord critiqué par les milieux conservateurs. Espace intermédiaire, il est le théâtre de pratiques privées portées sur la scène publique, et permet ainsi de politiser les corps et de déborder des cadres de la société. En 1924, lorsque la danseuse de cabaret Qamar ol-Moluk se produit sans Hijab, elle fait un premier pas vers la libération du corps de la femme. Aujourd’hui, la danse populaire pratiquée dans les cabarets met en scène une culture de la joie dans un contexte chiite marqué par la culture du deuil.

À travers son exposition, Hannah Darabi utilise un autre art comme vec-teur de message engagé : la photographie. Son travail avec les archives fait résonner son discours dans plusieurs époques, tout en l’actualisant dans le présent. À l’image de la danse, elle se sert d’un outil destiné au divertissement pour porter un discours politique sur l’Iran. Elle réalise son projet plusieurs années après avoir quitté l’Iran, cherchant une distance avec le sujet tout en assumant la part importante de subjectivité.

Questions :

  • Quelles œuvres de l’exposition montrent la libération du corps par la danse ? Comment utiliser son corps pour porter un message ?
  • Pourquoi la danse change-t-elle de valeur selon le contexte social et politique ?
  • Quelle est la différence entre un cabaret iranien et suisse ?
  • Comment Hannah Darabi montre-t-elle les différences entre l’Occident et l’Iran ?

Œuvres à regarder :

L’exposition invite à réfléchir à l’impact émotionnel, médiatique et politique des photographies. Certaines images deviennent des symboles collectifs : elles marquent la mémoire et influencent notre manière de comprendre les événements du monde.

Piste 2

DANSE ET FÉMINISME
Depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté » , la danse est utilisée en Iran comme outil de résistance. Elle appuie les luttes féministes et s’inscrit dans la continuité du slogan « mon corps, mon choix ». Ces dernières années, plusieurs performances interdites prennent place en Iran, se servant ainsi de la désobéissance civile comme un moyen de manifester sans violences. L’exposition Why Don’t You Dance ? montre que les femmes ont toujours été présentes dans les luttes malgré le fait qu’elles aient longtemps été mises de côté. Dans les années 1950-70, Mahvash et Jamileh utilisaient déjà la danse pour montrer leurs désaccords avec le discours dominant. En 2024, Ahou Daryaei se déshabille dans les rues de Téhéran en signe de protestation et de libération du corps.

Questions :

  • Quelles formes de résistance sont montrées dans l’exposition ? Comment Hannah Darabi utilise-t-elle la photo/vidéo pour exprimer la libération du corps des femmes ? Quels moyens techniques sont employés ?
  • Comment lier les expériences de Mahvash et de Jamileh au mouvement « Femme, Vie, Liberté » ? Voyez-vous des similitudes entre l’autobiographie de Mahvash et les luttes actuelles ?

Œuvres à regarder :

Mahvash’s Book of Pleasure [Le livre des plaisirs de Mahvash]

La série de collages réalisés par Hannah Darabi traite de plusieurs thèmes liés à la sexualité et au genre et peut donc être regardée dans son entier pour traiter du thème de la danse et du féminisme. Nous prenons ici deux exemples.

Je souffre de solitude, pourquoi es-tu si timide ? *Adolescents : Hannah Darabi juxtapose une photographie d’une mannequin des années 1950 en maillot de bain et une photographie d’adolescentes portant le voile aujourd’hui. Elle compare ainsi les standards de beauté imposés aux femmes à différentes époques en révélant l’absurdité de ces derniers.

Une lettre au rédacteur en chef du magazine ; je ne supporte pas l’uniforme. *Les filles préfèrent cette façon de faire : Ce collage met en lumière la résistance des femmes face à l’imposition de codes vestimentaires. La phrase tirée du livre de Mahvash montre que les oppositions existent depuis les années 1950 et ne sont pas que le produit du mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Piste 3

LA DIASPORA IRANIENNE
Dans Why Don’t You Dance?, Hannah Darabi étudie les mouve-ments migratoires entre Téhéran et Los Angeles et leur impact sur la danse et la musique iranienne. Elle utilise le motif de la danse en tant qu’élément culturel qui s’adapte selon l’époque et le lieu dans lequel il est pratiqué. Après la révolution de 1979 (voir page 4), à la chute du shah, certaines stars iraniennes perdent tout et décident de s’exiler aux États-Unis et en Europe. C’est le cas de Mohammad Khordadian. La diaspora iranienne invente alors un nouveau genre de musique, qui mélange des inspirations traditionnelles iraniennes et la musique pop occidentale. Hannah Darabi cherche à montrer comment le contexte social et culturel influence la création artis-tique.
Questions :

  • Quelles séries expriment les différences culturelles entre l’Iran et les États-Unis ? Comment sont-elles exprimées ? Par la comparaison ? Par la réinterprétation ?
  • Pourquoi Hannah Darabi a-t-elle choisi Los Angeles ? Quelle sont les spécificités de cette ville ?
  • La danse permet-elle de mettre en avant les influences culturelles de chaque pays ? Quel pays vous semble le plus influent dans l’exposition ? Dans la série Cabaret Tehran ? Et dans la série Follow the Beat ?

Œuvres à regarder :

Tehran-Los Angeles, Return Journey

Dans les années 1970, Téhéran connait un rapide développement, orchestré notamment par des architectes américains. Hannah Darabi compare les deux villes en juxtaposant des cartes postales de Téhéran dans les années 1970 et ses photographies de Los An-geles aujourd’hui. Elle montre que les influences culturelles existent depuis longtemps entre l’Iran et les États-Unis.

Sepideh, Follow the Beat

La vidéo reproduit un cours de gym tonique de Mohammad Khordadian, tout en réinterprétant la danse selon les pratiques ac-tuelles. Elle croise ainsi les influences iraniennes et américaines du chorégraphe avec la perception de Sepideh, danseuse iranienne vivant aujourd’hui en Allemagne.

Cabaret Tehran, House of Legends [Cabaret Tehan, Maison des Légendes]

Le Cabaret Téhéran à Los Angeles reprend les codes de la musique traditionnelle iranienne en l’adaptant au contexte moderne de Los Angeles. Les portraits des visiteur.euses du bar ainsi que les photographies de l’intérieur mettent en avant la culture de la joie que la danse et la musique souhaitent transmettre.

Activités avec vos élèves

Nous vous proposons des activités que vous pouvez réaliser en classe avec les élèves, après avoir visité l’exposition ou avant votre visite.

1. RÉALISER DES COLLAGES HISTORIQUES

Les élèves choisissent un thème qui trouve une résonnance dans le passé. À partir de magazines, journaux, photographies et éventuelles autres sources, ils.elles réalisent un collage qui mélange des images du passé et du présent et qui porte un discours sur le thème choisi. Les collages peuvent également contenir une phrase qui reprend le discours.

Exemples de thèmes :

Féminisme, danse, mode, liberté, résistance...

Possibilité de lier, ou non, avec des thèmes de l’exposition de Hannah Darabi. Possibilité d’adapter à tous les âges en fonction des thèmes retenus.

2. COMPARER DEUX VILLES

Les élèves choisissent deux villes à comparer. Ils.elles font ensuite, sous forme d’exposé ou de panneau, une comparaison entre les deux villes. Les points de comparaison peuvent être : l’architecture, l’économie, la culture, la politique, etc. Les élèves observent les mouvements migratoires entre les deux villes. Une comparaison entre les différents exposés/panneaux peut être organisée une fois le travail terminé.

Exemples de villes à mettre en relation :

Téhéran – Los Angeles, Istanbul – Berlin , Alger – Marseille, Mumbai – Dubaï, Lahore – Londres, Dakar – Paris, Shanghai – Vancouver, Tokyo – Sao Paulo, Lisbonne – Genève

3. RÉALISER UNE INTERVIEW FICTIVE

Sur l’un des murs de l’exposition, il y a une interview fictive entre Hannah Darabi et les trois personnages qui inspirent l’exposition (Mahvash, Jamileh et Mohammad Khordadian). En s’appuyant sur cette dernière, les élèves imaginent une interview entre elles et eux et l’un des trois personnages. Ils·elles peuvent leur poser des questions sur les œuvres présentes dans l’exposition ou sur leur passé de danseur·euse.

À partir de cette base, ils peuvent mettre en forme leur interview de différentes manières selon l’objectif visé : article de journal, bande dessinée, vidéo, etc.

Pour aller plus loin

Interview de Hannah Darabi

Interview mené par Julie Dayer
© Elise Gyger/Photo Elysée/Plateforme 10

Livres

Makaremi Chowra, Femme Vie Liberté

 Öcalan Abdullah, Libérer la vie : la révolution de la femme

 Satrapi Marjane (dir.), Femme Vie Liberté

 Satrapi Marjane, Persepolis

Films et documentaires

Billet Claire, Hosseini Mohamad, Femme, vie, liberté – Une révolution iranienne (Femme, vie, liberté - Une révolution iranienne)

Masduraud Nathalie, Urréa Valérie, Focus Iran. L’audace au premier plan (Focus Iran)

Niederzoll Steffie, Sept hivers à Téhéran (Sept hivers à Téhéran)

Table ronde

Le 17 septembre 2026, Photo Elysée organise une table ronde intitulée « Résister ! La photographie comme acte de protestation. » Hannah Darabi sera présente.

Information pratiques

VISITES
Photo Elysée vous propose des visites commentées autour des thématiques recensées ci-dessus. La visite dure 1h et est encadrée par un·e médiateur·trice.

DOSSIER PÉDAGOGIQUE
Ce dossier pédagogique en ligne est complémentaire aux visites scolaires guidées qui abordent des axes et points de vue différents.

Les visites commentées sont ouvertes à tous les niveaux de classes et adaptées à l’âge des élèves (4-18 ans).
Nous encourageons la participation active des élèves et nous utilisons les images comme support pour ouvrir la discussion.

VISITE LIBRE
Vous pouvez aussi visiter le musée en autonomie, en réservant une visite libre. N’oubliez pas demander notre support de visite « l’appareil photographique » qui vous accompagnera, en 10 questions, à travers toutes nos expositions.

RÉSERVATIONS
Les réservations des visites se font sur notre site : Visites & activités