Arrivée à la régie au gré des méandres de son parcours, Marina Martin n’envisage pas pour l’instant de s’orienter vers d’autres services de l’institution muséale. La conjonction des compétences exigées représente un défi qu’elle apprécie de relever au quotidien: «Mon travail en appelle à un savoir-faire technique, que j’ai d’ailleurs adoré m’approprier, mais il présente en outre l’extraordinaire avantage de solliciter l’entièreté de mon bagage académique. Mes connaissances d’histoire de l’art me sont utiles tous les jours. Ma maîtrise de l’espace et mon sens de la méthodologie sont des atouts qui me viennent directement de mes années d’architecture.» Sans parler de son impressionnant multilinguisme, très apprécié des nombreuses institutions avec lesquelles Marina Martin est amenée à communiquer.
Une anecdote fleurit sur ses lèvres, amenée peut-être par la chaleur du portugais. Si la Suisse l’a initialement attirée par l’abondance de langues qu’on y parle, son arrivée en sol helvétique s’est soldée par une légère déception sur ce plan: «J’imaginais naïvement que tout le monde en Suisse parlait couramment les trois langues nationales. J’ai vite constaté à quel point c’est loin d’être le cas! Les territoires linguistiques sont très distincts, ils ont chacun leur culture propre et chacun leurs excentricités.» Les Romands bons vivants et les Alémaniques réservés, un cliché? «Pas du tout! Je partage ma vie entre Lausanne et Zurich et rien n'est plus vrai, je le constate tous les jours!» On glisse une remarque sur sa vie de nomade, qui semble bien convenir à cette voyageuse érudite et à sa soif inextinguible de nouveaux horizons. Le mouvement, encore et toujours? Celui des œuvres régies par ses soins, voyageant de musée en musée, qui reflètent sa propre trajectoire, écumant les centres culturels à la recherche de nouveaux savoirs à acquérir?
Son visage s’éclaire, elle sourit de cette corrélation inattendue: «E isso mesmo.» Ce qui veut dire: «C’est exactement ça.»
Athéna Dubois-Pèlerin
Cet article a été rédigé pour L’Elysée hors champ, un journal en ligne réalisé en partenariat avec le journal Le Temps lors de la fermeture du musée pour son déménagement à Plateforme 10. L’Elysée hors champ était actif de septembre 2020 à décembre 2022.