Etre exposé à l’ère des réseaux sociaux, c’est également pratiquer un métier qui a subi une très forte démocratisation. Et qui n’est pas forcément au bénéfice des photographes. La frontière entre professionnel et amateur s’est progressivement brouillée depuis que chacun possède une caméra dans sa poche et la possibilité de diffuser son œuvre à tout un chacun sur le web. Au point même où l’ancienne PDG de Yahoo, Marissa Mayer, provoqua un tollé en affirmant qu’"avec autant de personnes prenant des clichés, la notion de photographe professionnel n’existe plus." Un constat que déplore Lars Willumeit, même s’il admet qu'il est malheureusement partiellement vrai: "C’est une déclaration intéressante car dans un sens, elle a raison. Depuis quelques années, il y a une importante baisse des revenus des photographes professionnels, accompagnée d’une dévaluation forte du médium photo en général. Pour s’octroyer les droits d’un seul cliché, on paie désormais par exemple le même prix qu’un abonnement annuel pour une banque d’images. Et ce phénomène a aussi eu un impact sur le monde artistique."
Mais ce côté "tous photographes" ne date cependant pas de la suprématie du digital sur l’analogique. Cette démocratisation de l’image a aussi été embrayée par les artistes eux-mêmes, en se tournant notamment vers la photographie vernaculaire et l’art de l’appropriation. En s’intéressant au travail amateur, cette évolution de la culture visuelle dans les années 1990, qui avait déjà commencé en 1960-1970, a contribué à reconsidérer ce qui était "digne" d’être exposé dans un musée.
"Il y a eu à nouveau un changement de paradigme au début des années 2000, notamment avec l’exposition et la publication de Here Is New York: A Democracy of Photographs et le concept de journalisme citoyen. Présentée après la tragédie du 11 Septembre 2001, cette exposition regroupe sans distinction des photographies d’amateurs et de professionnels et représente un tournant dans ce qui a matière à être montré au public. Le Musée de l’Elysée a d’ailleurs accueilli cette exposition à sa sortie." Six ans plus tard, l'institution s’emparait à nouveau de cette thématique en présentant Tous photographes. Cette exposition au nom évocateur invitait à faire dialoguer photographie amatrice et professionnelle, et abordait la question des supports, tant virtuels que réels.