Alan Humerose

Suites
26.04 – 04.06.2001

Comme de mystérieux papillons épinglés dans une vitrine, les petites images d’Alan Humerose constituent un « inventaire de surprises » à peine surgies de l’ombre. Le photographe capte ce que l’on ne regarde plus, les fragments et les traces d’une journée, d’une promenade en solitaire ou d’une rencontre. Promeneur plutôt que chasseur d’images, il organise en grilles régulières ses trouvailles, qui se constituent en suites par leurs proximités physiques et formelles. Chacune a sa propre densité comme son thème spécifique et touche un genre différent de la photographie : portrait, nature morte, nu, paysage, autoportrait. La classification ne traduit pas l’expression d’une obsession de rangement mais propose une petite histoire de la banalité, ou du regard perdu. En effet, la lecture des images renvoie l’écho de la relation de chacun aux choses les plus anodines et inattendues du quotidien. L’intensité du noir suggère non pas un deuil mais une « source enfouie », l’apparition d’une conscience face au monde. Le caractère précieux du tirage quant à lui exprime la fragilité de l’objet photographique. Pour le photographe, c’est « apparaître et disparaître simultanément, être au seuil de l’invisible, entre la vue et la vision. »

Alan Humerose est né en 1956 à Courroux près de Delémont et vit à Genève depuis l’âge de vingt ans. Après un début d’études universitaires en histoire de l’art et en linguistique, il décide de se consacrer entièrement à la photographie, expose et publie son travail dès 1979. Cependant son intérêt pour le mot, notamment la poésie, persiste. Comme le faisait remarquer Nicolas Bouvier : « Les photos d’Alan Humerose sont pour moi « littéraires ». Au meilleur sens du terme. » Dans ses publications, le photographe implique souvent quelque complice écrivain dans sa démarche, comme Pascal Antonietti qui présente avec justesse son œuvre : « L’anecdotique ! Pour y échapper, il lui fallut le nombre, plonger dans la série, arracher à l’unique, abolir la description, archiver la vision en détails. Maintenant, l’œil accoutumé aux pénombres distingue les silences du monde ; il trace du doigt seize paragraphes sur les miroirs sans tain des express de nuit. »