Puis ce fut le monde aliénant, en crise au détour de Cadences – L’Usine au féminin (1991-1999). Femme penchée sur sa machine et portant t-shirt affichant un couple juvénile issu du rêve américain idéalisé. Travailleuse vérifiant des semelles démultipliées en séries. Les conditions de prises de vues sont alors très contraignantes favorisant l’anonymat des sujets, les directions lui refusant tout échange avec ces femmes au travail. L’idée du double est ici filée sur un mode critique des hiérarchies de l’ouvrière réduite à un rouage.
De dédoublement, il est question dans cet instantané qui est un modèle de mise en tensions entre plans de l’image par le cadrage. Trois petites filles de dos contemplent autant de poupées reflétant leurs rêves. «Appartenant à une nouvelle génération de femmes reporters, Monique Jacot se considère comme l’égale des hommes de sa profession depuis les années 1960-1970, époque à laquelle elle a assisté aux débats féministes dans les rédactions des magazines parisiens», relève Nathalie Herschdorfer, directrice de Photo Elysée, dans le livre accompagnant la rétrospective que la Fotostiftung Schweiz de Winterthour lui consacrait en 2005.