Fort de son objectif d’explorer les rapports entre art et technologies nouvelles, le Lab conçoit ses expositions en collaboration avec des artistes – photographes, vidéastes, plasticiens – dont l’œuvre s’amuse des possibilités du numérique. Sans oublier toutefois de questionner sa responsabilité dans l’émergence de supports de communication qui permettent une diffusion "virale", soit quasi-instantanée et à très grande échelle.
"Oursler a fait beaucoup pour le numérique. Il s’est intéressé en particulier à la façon dont un fantasme collectif peut coloniser les technologies, passer d’un support à l’autre sans rien perdre de sa force, de ses fondations psychologiques", souligne Manuel Sigrist. L’artiste s’est ainsi adonné à un minutieux travail de compilation, réalisé sur plusieurs années, en répertoriant par le menu des centaines de clichés et de vidéos de phénomènes célestes paranormaux. Agencée dans le Lab avec un certain souci du spectacle, cette collection d’archives aboutit ici à une déambulation psychédélique, qui brouille volontairement les frontières entre science et croyance populaire. On y observe, pêle-mêle, des points noirs volants capturés à la caméra de fortune, de suspectes traînées lumineuses sur des photographies datées, de surprenantes silhouettes d’objets ressemblant en tout point à l’emblématique "soucoupe volante" si présente dans l’imaginaire collectif, et même quelques spécimens immortalisés par les objectifs de la NASA.
Prises essentiellement aux Etats-Unis, et pour beaucoup dans les années 1980, ces images et les réactions qu’elles suscitent se révèlent remarquablement peu influencées par l’air du temps. "Ces témoignages d’une existence extra-terrestre, authentiques ou fabriqués, ont leurs propres résonances, inquiétantes, à contre-courant d’une époque où le cinéma donnait à la science-fiction une couleur plutôt lyrique ou inoffensive, à la Star Wars, ou à la E.T." Chaque cliché capturé trouve alors un formidable écho populaire, et même médiatique: en dépit du doute constamment jeté sur la véracité des images avancées, celles-ci sont immanquablement republiées dans la presse écrite, leurs auteurs invités sur des plateaux-télés, selon un mécanisme de diffusion façon "traînée de poudre" qui passionne Tony Oursler.