Aujourd’hui, Matthieu Gafsou fait presque partie des meubles. Certaines de ses images trônent désormais dans les collections de l’institution. Il a aussi participé à sa manière au déménagement à Plateforme 10, troquant sa casquette d’artiste contre celle de photographe de commandes: "Documenter et voir sortir de terre un tel lieu était très enthousiasmant, affirme-t-il. C’est aussi une autre façon de travailler, presque plus confortable. On est au service d’un client, on suit des indications et on a des délais serrés. Moi qui mets en général quatre années pour terminer une série, cela me permet de changer de rythme. Par contre, il faut savoir mettre son ego d’artiste de côté, ce qui ne m’a jamais posé problème."
Sur les hauts de Pully, Matthieu Gafsou contemple avec une douce bienveillance son parcours. Il n’est pas du genre à avoir des regrets, encore moins des remords. Des occasions manquées, il n’y en a de toute façon pas eu tellement. "Moins de timidité lors de mes premiers vernissages peut-être?" Passer à côté d’une carte de visite ou d’une poignée de main, rien de bien grave en somme. La carrière de Matthieu Gafsou, c’est surtout la lente métamorphose d’un homme, que l’on discerne en filigrane de ses travaux successifs. La quête des origines (Surfaces), le rapport à l’altérité (Only God Can Judge Me) ou encore le besoin d’apaisement (Ether). Utiliser sa caméra comme remède contre ses peurs et ses failles. Vivants viendra peut-être parachever le besoin de se confronter à ses propres angoisses: "J’ai longtemps adopté une posture nihiliste face à l’écologie, thème central de ce prochain projet. Mais clamer haut et fort "après moi le déluge", cela ne tient plus lorsque l’on a des enfants." Il y a un monde entre le photographe maraudeur pétri d’incertitudes et l’homme apaisé qu’il est devenu. Fini aussi la candeur de sa jeunesse. "Il était temps", souffle-t-il. Mais reste la sincérité. Dans ses paroles, dans son travail, dans son regard. Comme si chaque cliché était toujours un moyen d’apprendre. Ou simplement le début d’une histoire.
Léo Tichelli
Cet article a été rédigé pour L’Elysée hors champ, un journal en ligne réalisé en partenariat avec le journal Le Temps lors de la fermeture du musée pour son déménagement à Plateforme 10. L’Elysée hors champ était actif de septembre 2020 à décembre 2022.