Les campagnes, habitées par leurs riches propriétaires de préférence en été et automne, ont valeur d’agrément et de placement financier. Ainsi, Henri de Mollins se réserve le rez-de-chaussée de la villa d’avril à décembre et loue l’étage. Cette inversion des codes de l’architecture classique, où l’étage est noble, se justifie par la qualité de la maison, qui est une résidence secondaire, et son cadre, avec sa vue imprenable et son accès au parc. L’aménagement des terrasses et rampes d’escaliers date de la fin du XVIIIe siècle, avant que ne soit élaboré au début du XIXe un parc paysager caractérisé par des déambulations sinueuses au sein d’hêtres, de thuyas ou de magnolias. Au début du XXe siècle, le regain d’intérêt pour la "Grande Architecture" et le modèle du château avec son jardin motivera l’ordonnance française, plus géométrisée, qu’on lui connaît actuellement.
Architecturalement, c’est un vocabulaire baroque qui est plébiscité. Les quatre façades, qui varient à partir d’une ordonnance commune, sont très ornées et surmontées de frontons curvilignes enrichis au grès des propriétaires successifs, à l’image des armes des Fontaine de Cramayel, qui remplacent après 1930 les initiales que le propriétaire précédent avait pris l’initiative de faire graver. La ligne courbe domine tandis que l’entrée principale originelle, à l’est, s’inscrit dans un registre central concave unique à Lausanne, et rare ailleurs pour une architecture civile.
A l’intérieur aussi, il s’agit d’impressionner. On est reçu dans un hall démesurément grand au fond duquel se déploie un imposant escalier, qui sera remplacé en 1917. Théâtrale, la pièce est là pour valoriser ses propriétaires et, à une époque où la salle à manger n’est pas encore instituée, probablement pour permettre de dresser une table afin de recevoir les convives. Les pièces d’appart sont distribuées contre les deux façades principales. Au sud, exposées au soleil, trois salles de réception en enfilade – autre époque, autre notion d’intimité. Elles sont aménagées en period rooms, soit une recréation de ce qu’elles auraient pu être dans la seconde moitié du XIXe siècle. A l’intérieur de la villa, deux circulations cohabitent: celle réservée aux propriétaires et l’autre dévolue aux domestiques. Cette dernière permet par un jeu de petites portes un service discret via les pièces et les escaliers de service. Une déambulation que les habitués du Musée de l’Elysée connaissent parfaitement: il s’agit de l’escalier de pierre qui mène aux différents étages d’exposition.